Donnons aux personnes en situation de pauvreté une véritable perspective
Réaction du BAPN au futur plan fédéral de lutte contre la pauvreté : Donnons aux personnes en situation de pauvreté une véritable perspective, et investissons dans des mesures structurelles telles que l'augmentation des revenus les plus faibles.
Le 3 juin, Karine Lalieux, Ministre de l'Intégration sociale, chargée de la lutte contre la pauvreté, a fait une première déclaration sur le futur plan pauvreté du gouvernement fédéral. Le Réseau belge de lutte contre la pauvreté (BAPN) se félicite que le ministre Lalieux veuille placer le social au cœur de la politique et du budget 2022. Afin de garantir que les personnes en situation de pauvreté n'aient pas à supporter les conséquences de la crise de Covid pendant des années, BAPN demande une action immédiate pour relever les revenus les plus bas au-dessus du seuil de pauvreté européen et pour renforcer la sécurité sociale.
La crise du Covid vient s'ajouter à une crise sociale déjà existante. Les personnes qui étaient déjà en difficulté financière avant la crise de Covid ont été les plus durement touchées. Avant la crise, près de 2 millions de personnes en Belgique vivaient avec un revenu – principalement des allocations – inférieur au seuil de pauvreté européen. L'augmentation du coût des produits de base (alimentation, santé, eau, énergie, etc.) depuis le confinement exerce une pression encore plus forte encore sur leur budget qui, en temps normal, est déjà insuffisant pour vivre dignement. De même, les personnes qui parvenaient tout juste à joindre les deux bouts risquent de se retrouver dans une spirale de pauvreté en raison de la perte de revenus due à la crise du Covid. Il s'agit principalement de personnes en situation de vulnérabilité sur le marché du travail : bas salaires, travail atypique, travail temporaire, étudiants en emploi, travail à temps partiel (involontaire),... Les conséquences de l'augmentation des problèmes financiers sont énormes et se feront sentir à long terme : des familles ne peuvent pas payer leurs factures et se retrouvent dans une spirale d'endettement, des gens menacent d'être expulsés de leur logement, des soins de santé sont reportés, les problèmes mentaux augmentent, des jeunes n'ont pas les moyens de suivre une éducation numérique et sont laissés pour compte, etc.
BAPN se réjouit que le ministre Lalieux veuille investir immédiatement dans une politique ambitieuse de lutte contre la pauvreté. Cela sera nécessaire pour donner aux personnes vivant dans la pauvreté une nouvelle perspective et pour s'attaquer aux effets à long terme, qui seront particulièrement importants tant au niveau individuel que pour la société dans son ensemble. Cependant, BAPN s'inquiète du fait qu'une approche structurelle des problèmes financiers des personnes en situation de pauvreté n'occupe pas une place centrale. En premier lieu, il est important que les prestations et les revenus les plus faibles soient portés au-dessus du seuil de pauvreté européen. Les plans actuels du gouvernement sont inadéquats à cet égard et la planification est trop lente. C'est pourquoi, comme premier pas supplémentaire, BAPN demande que la prime Covid actuelle de 50 euros pour les bénéficiaires du revenu d'intégration, les bénéficiaires de la GRAPA et les personnes porteuses d’un handicap devienne immédiatement structurelle et soit également accordée aux bénéficiaires de la sécurité sociale.
En outre, les lacunes en matière de sécurité sociale doivent être comblées. Pendant la crise actuelle, la sécurité sociale a de nouveau prouvé son importance pour absorber les chocs économiques et protéger les gens de la pauvreté. La sécurité sociale fonctionne bien pour les personnes qui ont un bon salaire et un emploi stable, mais pas pour celles qui ont un statut professionnel précaire et qui en ont le plus besoin. Il est urgent que cela change.
Enfin, BAPN demande que l'accès aux droits sociaux soit garanti. La lourdeur de la bureaucratie actuelle et le fait que les bénéficiaires de prestations sont principalement considérés comme des fraudeurs potentiels risquent de les exclure du revenu dont ils ont besoin pour survivre. Par exemple, un large collectif d'organisations de personnes âgées, de lutte contre la pauvreté, de femmes, d'indépendants et d'autres organisations de la société civile a récemment soulevé la question du fait que les contrôles actuels des personnes âgées vulnérables, qui bénéficient de la garantie de revenu pour les personnes âgées, les placent dans une situation de quasi-assignation à domicile et menacent de les exclure de leurs prestations. Et ce malgré le fait qu'une évaluation récente du Service fédéral des pensions montre que la fraude peut se produire dans moins de 1%. Il en va de même pour les bénéficiaires du revenu d'intégration. Depuis 2016, pour percevoir le revenu d'intégration social, dernier filet de sécurité sociale, ils doivent signer un contrat (PIIS). Cela signifie que s'ils ne respectent pas les conditions du contrat, qui sont généralement imposées unilatéralement par les CPAS, ils peuvent être sanctionnés et donc perdre leur prestation. C'est inacceptable.