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30 ANS DU BAPN : INTERVIEW AVEC NOELLIE ET GAELLE DU RWLP

Cette année, le BAPN existe depuis 30 ans. Nous souhaitons saisir ce moment pour jeter un regard rétrospectif sur le passé et nous pencher sur l'avenir, ensemble avec plusieurs personnalités clés de la lutte contre la pauvreté fédérale et européenne. Nous désirons examiner avec eux le contexte dans lequel BAPN a été fondé et les avancées qui ont été réalisées en ce qui concerne la lutte contre la pauvreté et de la participation des personnes en situation de pauvreté les dernières 30 années. En outre, nous leur demandons ce qu'il est nécessaire de mettre en place pour que les politiques fédérales et européennes puissent véritablement faire la différence pour les personnes en situation de pauvreté. Aujourd'hui nous laissons la parole à Noëllie et Gaëlle, deux collègues du Réseau Wallon de Lutte contre la Pauvreté.


Comment connaissez-vous BAPN ?

Noëllie Denomerenge : « La première rencontre, c’était lors de l’assemblée résidentielle à Strasbourg avec le RWLP en 2016 qui avait aussi invité BAPN à participer car il s’agissait de visiter l’institution européenne. J’y ai rencontré Marleen Nuytemans, travailleuse de BAPN, qui m’a expliqué ce qu’était BAPN. En juin 2019, j’ai accompagné le RWLP et Caroline Van Der Hoeven, la coordinatrice de BAPN, à la rencontre des informateurs Didier Reynders et Johan Vande Lanotte à Bruxelles. C’était l’occasion de voir l’impact de la participation sur les décisions politiques. En novembre 2019, j’ai participé avec le RWLP, une témoin du vécu militante ainsi qu’avec les travailleuses de BAPN, Judith Tobac et Marleen Nuytemans, à la rencontre européenne des personnes en situation de pauvreté à Bruxelles. Depuis la collaboration est régulière. »

Gaëlle Peters : « Je travaille au RWLP depuis 2006 et dès ce moment, j’ai eu la chance de collaborer à des réunions de travail et des formations coordonnées par le président de BAPN de l’époque, Ludo Horemans. La dimension nationale avait non seulement le sens de réunir les réseaux des régions mais aussi de s’inscrire au plan européen. La volonté de la participation de la base, la population la moins entendue, a toujours été un des objectifs majeurs de BAPN qui défendait déjà avec force cet aspect au niveau européen. Dès 2006, j’ai participé via BAPN à des rencontres et réflexions sur le plan européen avec EAPN. Je suis à présent membre de l’assemblée générale de BAPN »

Dans quelle mesure la situation des personnes en situation de pauvreté est- elle différente de celle d’il y a 30 ans ?

Noëllie Denomerenge : « La pauvreté reste un sujet tabou et on n’ose pas toujours en parler de peur d’être jugé, critiqué et méprisé. Les inégalités numériques creusent de plus en plus des inégalités dans la société. Tout le monde est touché : les étudiants, les chercheurs d’emplois, les personnes pensionnées etc. Beaucoup de travailleurs ne sont pas reconnus pour des boulots que certains dénigrent mais pourtant bien utiles à la société, les salaires sont trop petits même à temps plein. Ces gens se battent au quotidien pour survivre. Même parfois quand on arrive à avoir 2 salaires, ce n’est pas toujours facile de boucler le mois. »

Gaëlle Peters : « Comme le souligne Noëllie, il y a la pauvreté cachée car c’est difficile de la montrer et il y a les nouveaux visages de la pauvreté. La crise du Covid a amené une visibilité différente de ces réalités. Les travailleurs pauvres mènent le même combat que les allocataires dans une vie de manque de tout et au final de non-accès aux droits fondamentaux. Quand on n’ose plus se soigner, quand on n’ose plus espérer un logement décent, quand on a peur demander de l’aide… Ces réalités touchent une plus grande diversité de personnes dont les jeunes et toujours les familles monoparentales qui restent surreprésentées dans les chiffres de la pauvreté. Il faut le dire, la pauvreté a augmenté massivement en 30 ans.»

Quelles sont selon vous aujourd’hui les plus grandes priorités, défis pour les personnes en situation de pauvreté au niveau fédéral, européen ? Noëllie Denomerenge : « Remettre l’humain au centre de tout ! Arrêtez les discriminations en tout genre. Permettre à chacun de se construire selon ses possibilités et ses richesses. Accordez plus d’importance aux droits de toute la population. »

Gaëlle Peters : « L’écoute des besoins de toute la population est primordiale. Les personnes en situation de pauvreté sont confrontées à l’échec de leurs droits. L’échec d’Etats qui n’ont pas pu construire une société juste où chacun est important et respecté. Quand plus de 20% de la population souffre de pauvreté et de privations, l’enjeu est de considérer la lutte contre la pauvreté comme objectif premier en Europe et en Belgique »

Que doit faire la politique ? Quelles mesures sont urgentes et nécessaires ?

Noëllie Denomerenge : « Etre plus à l’écoute de tous les citoyens qui composent la société afin que chacun puisse trouver sa place. Ne pas se contenter de chiffres et de graphiques mais surtout écouter la voix des personnes précarisées, fragilisées. Ecouter les associations qui accueillent ces personnes car c’est souvent le dernier lieu où les personnes osent dire qu’ils n’en peuvent plus et où leur voix est portée et considérée. »

Gaëlle Peters : « Ce sont les droits fondamentaux qui doivent être rétablis avec au centre notamment le revenu et le logement, la base d’une vie décente. Le levier est de se battre contre les inégalités. Qu’est-ce qui justifie une société où les uns ont accès à la santé, la culture, l’éducation, un logement de qualité et un revenu correct quand d’autres se battent pour survivre ? La priorité est certainement d’actionner le levier de la fiscalité et du revenu. »

Comment pensez-vous que BAPN peut faire la différence ?

Noëllie Denomerenge : « En continuant le travail remarquable que l’équipe fait au quotidien avec toute la sensibilité, l’investissement pour les rencontres, les échanges, les combats. BAPN est au centre avec les différents réseaux de lutte contre la pauvreté. »

Gaëlle Peters : « BAPN fait partie des acteurs qui se sont toujours battus pour faire entendre la voix de celles et ceux qui ne sont pas écoutés. Il s’est battu pour avoir ce droit au chapitre politique. C’est avec vigueur que BAPN défend la diversité démocratique et BAPN a cette volonté d’éradiquer la pauvreté par la voix des citoyens et des associations. »

Que souhaitez-vous pour BAPN à l’avenir ?

Noëllie Denomerenge : « Je leur souhaite d’avancer encore et toujours avec la même énergie afin que chaque petit pas que BAPN fait, puisse leur permettre de casser de façon durable ce cercle difficile et douloureux de la pauvreté. Que BAPN soit reconnu pour tout le travail fait quotidiennement pour continuer. »

Gaëlle Peters : « BAPN a 30 ans avec des fondations fortes et l’élan volontaire. L’avenir est à ceux qui y croient et la volonté de BAPN c’est d’atteindre les droits garantis pour toutes et tous et pour reprendre une revendication toujours d’actualité de BAPN : Haut les bas revenus ! C’est ça l’avenir.»