Verplicht GPMI voor mensen met verslaving?
COMMUNIQUE DE PRESSE Les fédérations des institutions spécialisées en matière de drogues et addictions et le Réseau belge de lutte contre la pauvreté appellent la ministre Van Bossuyt à la concertation. Les nombreux acteurs de la société civile de la Coalition pour un CPAS humain se joignent à leur démarche.
Anneleen Van Bossuyt, ministre de l'Intégration sociale, envisage d’obliger les personnes souffrant d'addiction à suivre un traitement de désintoxication pour pouvoir bénéficier du revenu d'intégration sociale (RIS). Ces usagers des CPAS se verraient imposer cette obligation via le contrat PIIS (Projet Individualisé d’Intégration Sociale). Les professionnels du terrain et les premiers concernés alertent la ministre sur les nombreux écueils d’une telle mesure, et souhaitent la rencontrer pour proposer des alternatives.
La menace d’une sanction n’a aucun effet bénéfique sur le traitement d’un patient souffrant d’addiction : on ne pousse pas une personne vers le rétablissement en lui promettant en bout de course des conditions d’une vie stable – un revenu, un logement, tout ce qui garantit une sécurité d'existence. Au contraire, ces conditions sont un prérequis fondamental pour permettre le rétablissement. Sans cette stabilité, le rétablissement est tout simplement impossible pour la grande majorité des patients .
Les listes d'attente sont actuellement la norme dans les soins de santé spécialisés en assuétudes, et pas l'exception. Les structures existantes ne sont pas toujours en mesure de proposer des solutions adaptées aux problèmes chroniques et de plus en plus complexes des personnes souffrant d’addiction. Dans ce contexte, nous attirons l’attention de Mme Van Bossuyt : exiger un traitement alors qu'il n'est pas disponible en temps voulu ou qu'il n'est pas adapté, c'est transférer la responsabilité sur ceux qui ont le moins de contrôle sur la situation.
Nous observons que, dans ce débat, la dépendance est traitée différemment des autres troubles psychiques. Nous pensons par exemple à la sortie de Mme Van Peel dans l’émission De Afspraak (05/01/26). Or l’addiction n'est pas un choix ou un manque de volonté. Il s'agit d'un trouble psychique grave, chronique et récurrent. Il existe un large consensus médical à ce sujet, qui a été consigné dans des classifications internationales telles que le DSM-5-TR et la CIM 11. La dépendance s'accompagne souvent d'autres problèmes psychiques, sociaux et somatiques, et le rétablissement est irrégulier et rarement linéaire. « L’octroi d’une allocation aux personnes souffrant de dépression clinique, de schizophrénie ou de troubles bipolaires n’est pas conditionné au « succès » de leur traitement. Pourquoi le ferions-nous pour celles souffrant d’une dépendance ? », déplore Inge Temmerman, présidente du VVBV.
Par ailleurs, les réseaux de lutte contre la pauvreté dénoncent depuis de longues années les écueils du dispositif PIIS : « La pratique montrent que la sanction sous forme de suspension du revenu d’intégration sociale dans le cadre du PIIS est à éviter à tout prix car elle ne responsabilise pas et n’a pas d’effet positif avéré », souligne Caroline Van der Hoeven, coordinatrice du Réseau belge de lutte contre la pauvreté – BAPN. « Les conséquences négatives sont par contre manifestes et contraires à son objectif d’intégration sociale : anxiété aggravée, paupérisation, sans-abrisme... pour la personne et ses proches. » Le chantage par l’injonction de soins est incompatible avec la nature du PIIS, si du moins il est utilisé comme un instrument d’accompagnement coconstruit.
Nous rejoignons la ministre sur la nécessité vitale d’accompagner activement les personnes souffrant d’addiction. Mais une politique axée sur un accompagnement continu ne peut réussir que si cet accompagnement :
- est inconditionnel,
- repose sur des objectifs réalisables,
- n'est pas lié à des sanctions ou à la perte des moyens de subsistance,
- entoure ces personnes avec respect et de manière proactive,
- leur offre des perspectives,
- et leur permettre d'assumer des responsabilités dans la mesure de leurs possibilités et à leur propre rythme.
Signataires du communiqué
Les signataires de ce communiqué souhaitent partager avec Mme Van Bossuyt leur expertise concernant ces principes fondamentaux d'une prise en charge juste, efficace et réaliste :
- le Réseau belge de lutte contre la pauvreté – BAPN
- La Fédération bruxelloise des institutions spécialisées en matière de drogues et addictions – Féda BXL
- La Fédération wallonne des institutions pour toxicomanes – Fédito wallonne
- Vlaams expertisecentrum Alcohol en andere Drugs – VAD
- Vlaamse Vereniging Behandelcentra Verslaafdenzorg – VVBV
- La Coalition pour un CPAS humain